Je voulais vous parler de ma visite au musée d'Orsay, le dernier jour de l'expo de Jean-Léon Gérôme. Oui j'ai attendu le dernier jour, je suis comme ça, j'aime bien faire la queue comme tout le monde le dimanche alors que je peux venir en semaine ...
Mise à part le quart d'heure de queue, j'étais contente d'être là dans le froid. Je savais un peu ce qui m'attendais mais en entrant, j'ai été à nouveau surprise devant ces toiles gigantesques.
Il faut dire que j'étais déjà conquise puisque Gérôme est un peintre que j'adore, pas seulement parce que c'est un artiste que j'ai étudié et apprécié en fac mais parce que son univers est aussi le mien : c'est le mélange des genres : le kitsch et le romantisme, les voyages, mais aussi le souci du détail.
Jean-Léon Gérôme est l'un des peintres les plus célèbres de la fin du XIXe et fut, tout au long de sa carrière, l'objet de polémiques et de critiques souvent acerbes. Longtemps stigmatisé comme l'emblème d'un académisme stérile, son goût pour l'Antiquité, sa théâtralisation de la peinture d'histoire son rapport complexe à l'Orient et à la photographie en font un exceptionnel inventeur d'images.
Il fait partie du mouvement qu'on a appelé les peintres orientalistes. D'où mon intérêt. J'ai aussi fait quelques voyages en Orient (Le Caire, Damas, etc) pas dans les mêmes conditions, quoi que...
En séjournant dans la chambre de Champollion (oui oui c'est vrai !) à l'Institut Français d'Archéologie du Caire (l'IFAO pour les intimes) j'ai été tout suite dans l'ambiance, la chaleur, les odeurs et les habitudes d'un autre temps. Il me faudrait encore quelques lignes pour vous raconter les conditions de ce voyage mais là n'est pas le sujet. J'étais au Caire pour ma thèse. J'ai décidé de reprendre les travaux d'un marchand-voyageur anglais K. A. C. Creswell. Cet autodidacte a cartographié la ville du Caire et ses batiments à la fin du XIXe, j'ai donc refait l'inventaire et l'état des lieux d'une partie de ces bâtiments.
Mais je m'égare, revenons à Paris ..
Tout au long de l'expo, je me suis bien sûr vu à la place de Gérôme parcourant les ruelles et les impasses du Caire à la recherche d'aventures et de rencontres exotiques. Ok la ressemblance s'arrête là dans l'aventure mais je comprends tellement ce qu'il a vu ou vécu ...
Gérôme est un surdoué du dessin, fou d'exactitude et de précisions. Ce souci du détail rend sa peinture photographique, il s'attache à les restituer au millimètre près. Les dentelles et les broderies sont aussi fines que le fil lui même, les dorures des brandebourgs jaillissent comme s'ils brillaient devant nos yeux. Cependant, on considérait Gérôme comme ultra-académique et pourtant si moderne. Gérôme c'est l'anti-Monet. Il représente des scènes de la vie quotidienne inspirées de l'Antiquité ou de l'histoire, Quel mélange incongru pour l'époque !! Ben non ça ne ce faisait pas !
Bref, ses contemporains le trouvent "too much" mais comme Ingres, sa peinture était avant gardiste, j'allais dire presque surréaliste et ses pairs ne l'ont pas compris.
Quoi qu'il en soit, il a su mélanger les goûts et les genres avec brio et son oeuvre est au combien actuelle.
Je regrette que la majeure partie de ses oeuvres soient aux Etats-Unis aujourd'hui. Nos musées n'ont-ils encore une fois rien vu ? rien senti ? pas de budget peut-être ? ...
Je vous laisse vous faire votre avis ...

La prière publique dans une mosquée, 1871

Le travail du marbre, 1895

Charmeur de serpents, 1880

Marchand de peaux, 1869

Le marchand de tapis au Caire, 1887

Pygmalion et Galatée, 1890


Pollice Verso, 1872

Phryné devant l'Aréopage, 18661